mercredi 30 mai 2012
lundi 7 mai 2012
La présidentielle, vue d'Afrique.
Pendant trois semaines, j'ai décroché : plus d'internet, et des communications téléphoniques tellement chères que j'ai laissé mon i phone tranquille. Oui, j'étais en Afrique, et pas n'importe laquelle : à 120 km de Kinshasa, dans un séminaire sans eau courante ni électricité (ou si peu).
Trois semaines en RDC (ex-Zaïre) en plein pendant la présidentielle, ça vaut son pesant d'arachide. Et ça passionne tout le monde, prêtres et séminaristes : vous comprenez, M. l'abbé, chez nous il n'y a pas la démocratie, on ne peut pas dire ce qu'on pense vraiment du président. En plus, la France...
Alors, le soir des résultats du premier tour, tout le monde est devant la télé, et on découvre avec surprise que Sarkozy n'est pas passé du premier coup. Le petit brun qui n'a plus de voix, là, qui est-ce ? Et la blonde, c'est la fille de Le Pen ? Là, on s'y retrouve, c'est comme chez nous. Ah bon, Hollande c'est le père des enfants de Ségolène ? Tiens, décidément... Ah, le fils de Sarkozy fait de la politique ? Baroin, c'est le fils de Baroin ? Kosciusko-Morizet, pareil ? Je m'arrête là, parce que je ne sais pas tout sur les généalogies et les amours des uns et des autres, mais ils ont compris : démocratie ou pas, la politique, ça va avec la famille.
Et l'argent ? Le président français gagne 200 000 euros par an. Réaction unanime : "Ce n'est pas beaucoup." Il y a donc pire que nous. En effet, le lendemain, à l'occasion des funérailles d'un monsieur très connu dans la ville où j'habite, je fais connaissance du gouverneur de la province. Jamais je n'avais vu une aussi grosse bagnole : à peu-près de la taille d'une maison. Je me suis demandé combien de temps M. Sarkozy devrait travailler pour s'en offrir une comme ça.
La campagne continue, sur France 24 on peut la suivre tous les soirs. On voit M. Hollande sous un parapluie, M. Sarkozy devant un micro. Ils se répètent un peu. Les sondages, eux aussi, se répètent : 52/48, depuis six mois, mais on a l'air de dire que ça peut changer. Ici, tout le monde traduit : on ne va quand même pas gâcher la fête en disant que c'est cuit d'avance, alors on fait semblant d'y croire pour se prendre au jeu.
Il y a des meetings : que de monde, les Français sont vraiment passionnés par la politique. Et moi, rabat-joie : ils viennent de toute la France, mais on leur a payé le voyage et ils ont à manger. Bon, alors c'est aussi comme chez nous.
Le soir du débat, c'est la veille de mon départ. Par précaution, nous avons déjà quitté le
séminaire et dormons à Kinshasa, car l'état des routes rend aléatoire tout
déplacement et je n’ai pas envie de rater mon avion. En ville, le seul mot que je comprends c'est "Sarkozy", ça se dit pareil dans toutes les langues. Après une heure, avec les confrères présents, nous avons décidé d'aller boire une bière à une jolie terrasse, sur la place qui se trouve à côté de la maison où nous logeons. Devant nous, une voiture tombe dans un trou. C'est quelque chose qu'on ne voit qu'ici. Des passants se précipitent et on la sort de ce mauvais pas.
Partout pareil, la politique ? Pas tout-à-fait quand même. Entre les deux tours, je suis allé rendre visite à l'évêque de Kisantu. L'état de la route est épouvantable, malgré les travaux réalisés l'année précédente par les Chinois. L'évêque me dit alors que des habitants de la ville sont venus le trouver pour lui demander de patronner leur initiative : ils sont allés rencontrer des élus locaux et leur ont donné une liste de choses à faire pour que la vie change enfin, ici. Des choses élémentaires : réparer les routes, assurer la distribution de l'électricité, procurer des médicaments, faire en sorte que les enfants apprennent à lire. En RDC, si on veut être soutenu par quelqu'un qu'on sait absolument honnête, c'est vers l’Église qu'on se tourne.
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Emmanuel Pic
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lundi, mai 07, 2012
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dimanche 8 avril 2012
Immortels ou vivants ?
Au hit-parade des librairies et des cinémas, l'immortalité se porte bien : depuis la Foire aux immortels de l'inoubliable Bilal, jusqu'à la saga qui porte ce nom, en passant par d'innombrables variantes déclinées sous d'improbables titres... Tout ce qui évoque la vie des anges, celles des dieux, et tant qu'à faire des démons, aide notre imaginaire à s'évader d'un trop terne présent. On en vient à oublier la légendaire phrase de Woody Allen, à moins qu'elle ne soit de Kafka, sur l'ennui qui vient à la simple pensée d'une interminable éternité. L'effroi qui saisit Pascal devant les espaces infinis et silencieux que la science nouvelle lui ouvrait. Immortels : un jour, ça finira bien par nous arriver.
Y aurait-il là une ouverture pour le christianisme et ce que l'on fête aujourd'hui - Pâques : le passage du Christ à travers la mort, son entrée dans la vie divine ? Après tout, Christ est le premier ressuscité, précurseur d'une multitude de frères. Le christianisme, c'est la divinisation de l'homme en devenir. Le chemin d'éternité qui s'ouvre à nous, tout le monde y aspire. Les traditions spirituelles y convergent dans une belle unanimité.
Le Christ est ressuscité, certes. Immortel, sans aucun doute. Mais surtout : vivant, et c'est bien mieux. La résurrection est ouverture sur la vie, avant d'être un aller simple pour l'éternité. Pour entrer dans la vie, pas besoin d'attendre la mort : le baptême suffit. L'éternité est longue ; la vie est toujours trop courte. C'est dans la vie que nous fait entrer le Christ ressuscité. Il fait de nous, non pas d’ennuyeux immortels, mais des vivants à l'enthousiasme contagieux.
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Emmanuel Pic
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dimanche, avril 08, 2012
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samedi 4 février 2012
Il faudra qu'on m'explique.
Il y a parfois des choses qui m'échappent. La dernière en date : un jugement qui contraint les demandeurs d'asile à déguerpir du lieu dans lequel ils s'étaient réfugiés (les quelques soixante-cinq studios vacants de l'école des greffes de Dijon) pour rejoindre la rue d'où ils viennent (pour être tout-à-fait honnêtes : les bâtiments désaffectés qu'ils squattaient dans des conditions précaires). Il y a donc bien, à Dijon, des logements vacants, entretenus (pour rien, puisqu'ils sont vides depuis deux ans) et gardés par une fonctionnaire qui doit s'ennuyer ferme toute la journée. Il y en a d'autres, chacun le sait.
J'entends les arguments : il y a risque évident de dégradation des locaux, ce qui rend nécessaire la présence d'agents d'entretien ; risque pour la sécurité des personnes (il semble que des enfants jouent avec les armoires électriques) ; risque que l'humanité de l'accueil se transforme en aubaine exploitée par toutes les mafias des passeurs de frontières. Reste que les personnes qui sont là se trouvent en situation régulière sur le territoire, et qu'on ne saurait envisager de les mettre à la rue de cette manière.
Il y a autre chose : on ne peut indéfiniment protester contre une situation sans être considéré comme un donneur de leçons. Coup de chapeau à tous ceux qui sont là : les membres de SOS-Refoulement, qui accueillent, trient le courrier, accompagnent dans les démarches ; les bénévoles du Secours catholique, souvent débordés par l'afflux des demandes, et qui recherchent en ce moment quelqu'un pour l'aide juridictionnelle à apporter ; la pastorale des migrants, qui coordonne les efforts du diocèse. Et bien d'autres.
Mention spéciale au réseau Welcome, lancé par les Jésuites en région parisienne pour organiser l'accueil de migrants dans des familles et des communautés. Avis aux amateurs : on recherche, dans l'agglomération dijonnaise des personnes désireuses d'inculturer en Bourgogne l’expérience parisienne.
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Emmanuel Pic
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samedi, février 04, 2012
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mardi 31 janvier 2012
De l'annonce à la proposition : la laïcité après 2012.
C'est de bonne guerre : après une annonce en fanfare devant les militants, le programme de François Hollande s'est énoncé de manière plus consensuelle dans les soixante propositions qui l'engagent. Parmi elles, la proposition n° 46 sur la laïcité :
On retrouve dans cette rédaction l'inspiration des auteurs d'une loi qui fut finalement une loi d'apaisement : l'affirmation de la liberté de conscience et la garantie de la liberté de l'exercice des cultes, la séparation des Eglises et de l’État (expression peu rigoureuse, seule les confessions chrétiennes pouvant être appelées "Églises"). On y trouve également la prise en compte de l'une des objections soulevées lors de l'annonce du projet : le statut particulier des deux départements concordataires, ce qui est un désaveu de l'aile la plus "laïciste" du parti (cf l'interview de Jean Glavany donnée dans la foulée de la première annonce).
Reste que les grands principes de la loi de séparation prendraient alors valeur constitutionnelle. Cela aurait une conséquence extrêmement importante : il deviendrait dès lors possible, dans les questions religieuses, d'invoquer la question prioritaire de constitutionnalité ; le Conseil constitutionnel devrait alors se prononcer lorsqu'on le lui demandera. Ainsi, la loi du 2 janvier 1907, qui prévoit que les églises catholiques sont propriétés des communes mais affectées au culte, pourrait se voir opposer désormais le principe constitutionnel de laïcité. Sans parler, bien sûr, de la possibilité d'appliquer aux cultes la loi sur le mécénat de 1987. Et sans préjuger des nombreuses idées qui ne manqueront pas de naître dans l'infatigable imagination des fondamentalistes de la laïcité.
Jean Baubérot, dans un passionnant entretien publié sur le site web du "Monde des Religions", dénonce le glissement français vers une sécularisation obligatoire de la société, et alerte à juste titre sur les dangers de cette dérive, qui comporte, selon ses propres termes, "des éléments d'un athéisme d'Etat." Appliquées par un gouvernement démocratique, les lois de laïcité respectent la liberté de conscience ; entre les mains d'un pouvoir hostile aux religions, elles ne manqueraient pas de devenir des lois d'intolérance.
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Emmanuel Pic
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mardi, janvier 31, 2012
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