31 octobre
Chacun de mes départs de Kinshasa me fait le même effet : un immense exode, qui aurait jeté sur les routes les survivants d’une catastrophe nucléaire. Kinshasa la belle n’est plus que l’ombre d’elle-même : fantôme de capitale, il lui reste la gouaille de ses habitants, le prestige de ses universités, l’animation grouillante propre aux mégapoles corrompues des terrains de chasse de l’Occident. Combien y sont-ils à vivre dans la rue ? cent mille ? deux cent ? un million ? combien, parmi eux, d’enfants sans famille, vivant de violence et de rapines ?
Notre taxi a fini par démarrer. La route qui relie Kin à Kisantu est goudronnée ; elle se déroule dans un paysage vallonné, sillonne entre les plantations. Nous y croisons d’improbables camions bâchés, des véhicules brinquebalants et bondés, des hommes et des femmes chargés comme des baudets de fardeaux impossibles.
A partir de Kisantu, nous retrouvons la route de terre rouge qui mène au séminaire. A chaque fois, c’est pareil : j’oublie à quel point on est secoué sur ces sentiers barrés d’énormes crevasses, qu’il faut précautionneusement contourner pour éviter l’accident. Au bout du chemin, le château rouge est là : il dresse sa tour unique au cœur de la forêt, vision étrange d’un beffroi belge planté à deux pas de l’équateur.
Nous sommes à Maydi, le plus ancien des séminaires d’Afrique, construit en 1932 par le Baron Carton de Wiart pour y accueillir le futur clergé indigène.



2 commentaires:
cher Emmanuel,
ces billets sont succulents, pertinents et percutants à souhait... continue, continue s'il te plait, qu'un regard ouvre nos horizons!
c'est peut être ça aussi le regard de prêtre... regarder à nouveau ce que tout le monde croit connaître, et le dire.
Là franchement ca me fait rougir... D'autant plus que :
1) De mon côté je me demande comment tu fais pour faire toujours des photos aussi géniales
2) Je n'arrive pas à mettre des commentaires sur ton blog...
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