Beaucoup de commentaires, lors du voyage de Benoit XVI en France, ont insisté sur l'état supposé de décrépitude de l'Eglise catholique en France. C'est toujours le même refrain : églises vides, moins de prêtres, etc. C'était bien autrefois, maintenant c'est la dêche.
Il faut faire son deuil de cet autrefois. Et tâcher d'évaluer la vraie vitalité de l'Eglise aujourd'hui en la situant pour ce qu'elle est (comme le dit Benoît XVI, l'une des composantes de la société et pas son tout). Comprendre que le sens donné au mot "foi" a changé en profondeur : être croyant n'est plus d'abord une question de convictions, mais une expérience personnelle de rencontre avec Dieu. Et du coup, c'est la conception de l'Eglise qui s'en trouve bouleversée : car il y a de multiples manières de rencontrer Dieu, et cette rencontre nous change en profondeur mais toujours en respectant notre liberté. La foi, c'est cette aventure personnelle avec Dieu, que chacun vit à sa façon. Et puisque l'Eglise est le peuple des croyants, elle rassemble des hommes, des femmes et des enfants qui se situent de diverses manières dans cette histoire-là.
L'Eglise rassemble donc des personnes qui arpentent des itinéraires très différents les uns des autres. L'Eglise de la chrétienté était une Eglise où tout le monde était disciple du Christ, et l'idéal était d'y être apôtre. Aujourd'hui, seul un petit nombre peut se dire vraiment disciple, c'est-à-dire prendre la suite de Jésus, écouter son enseignement, vivre selon ses commandements. Mais beaucoup, beaucoup de personnes sont croyantes : elles ont rencontré Dieu dans leur vie, et cela leur a fait du bien. Ce sont toutes celles qui se tournent vers l'Eglise en lui demandant de les aider à renouveler et approfondir cette extraordinaire expérience : mariages, baptêmes, obsèques, prière, autant de temps qui permettent cette rencontre du Christ, cette expérience de l'Esprit, qui sont le coeur de la foi.