On n'en finira pas comme ça avec les fondamentalismes.
Toujours en marge de l' "affaire" de la levée de l'excommunication des évêques lefebvristes, voici une conviction : excommunié ou pas, le fondamentalisme est une des données essentielles du religieux aujourd'hui, que l'on rencontre à l'intérieur du mouvement d'Ecône, mais aussi dans l'Eglise catholique, dans les Eglises protestantes, dans l'orthodoxie et dans tous les mouvements religieux. Il est l'une des manifestations, sans doute la plus paradoxale, de la modernité, dans le champ du religieux : expression, à la fois, de la liberté qui est donnée à chacun de construire sa propre démarche spirituelle comme il l'entend ; et, sans aucun doute, d'une inquiétude vis-à-vis d'un monde perçu comme dangereux.
Que faire, donc, avec les fondamentalismes ?
Les excommunications ne sont certainement pas une solution. Elles aboutissent à marginaliser davantage une population qui a déjà tendance à s'estimer mise à l'écart, et concourent au morcellement du paysage religieux.
Une voie semble incontournable, celle de la compréhension et de l'analyse du phénomène, en le resituant dans ce grand mouvement dans lequel nous sommes embarqués sans trop savoir où nous allons et auquel nous donnons le nom commode de "modernité". Un mouvement qui transforme de fond en comble notre rapport à l'autorité et aux dogmes : sous ce rapport, il est frappant de constater que le lefebvrisme a été d'abord un refus d'adhérer aux décisions d'un concile, et d'obéir au magistère de l'Eglise ; position éminemment "moderne", qui ne peut se fonder en dernière analyse que sur la revendication d'une liberté de conscience totale vis-à-vis de l'enseignement romain. Il est frappant, aussi, de constater à quel point les disciples de Mgr Lefebvre "habitent" des rites et des convictions à un degré qui était sans doute inconnu des générations précédant Vatican II : souci de la beauté des lieux et des célébrations, travail approfondi sur les textes, connaissance fine de l'histoire de l'Eglise, tout cela manifeste davantage la nouveauté de l'intégrisme que son enracinement dans une tradition vécue.
Des liens pour aller plus loin :
- Une interview de Danièle Hervieu-Léger
- Un article de Jean Baubérot








